PETITE  BIOGRAPHIE

 

 La biographie ci-dessous est extraite de ce livre paru en 2011

 

PRIER 15 JOURS

 

Quatre ans après le décès de Renée de Tryon-Montalembert (1920-2007), voici un livre qui vient entrouvrir une porte sur une personnalité étonnante. On associait son nom au dialogue judéo-chrétien ou à l’œcuménisme, à Anne de Guigné ou à  "Enfance et sainteté", à la famille dominicaine ou à l’Ordre des vierges consacrées, à "l’Avent marial" ou aux "Pèlerins parkinsoniens"…

Mais si on connaissait souvent un aspect de sa vie, on ignorait généralement les autres, et l’on ne soupçonnait pas la richesse et la profondeur de sa vie spirituelle. Ce livre nous fait découvrir son immense amour pour le Christ et pour l’Église, et nous aide à mieux comprendre cette "consécration des vierges", encore peu connue. Il nous fait pénétrer nous-mêmes au coeur du mystère de l’Alliance, à travers une forme de "parcours biblique" construit autour du thème qui unifie toute la vie et l’œuvre de Renée de Tryon-Montalembert : 

"Montre-moi ton visage"

(Ct 2,14)

(4ème de couverture )

  

disponible en librairie

ou auprès de l'Association Renata ( sans frais de port)

 


 

 

 

         

Traduction espagnole en 2015, disponible en Ebook :

       Orar con Renée de Tryon-Montalembert


pp. 8-17

(DROITS RÉSERVÉS)

 

À La Ferté-Loupière, ce petit village de l’Yonne célèbre pour sa  "Danse Macabre", on l’appelait "Mademoiselle Renée" !

Car elle était la fille du château ! Le château de La Vieille Ferté !

Ses parents ? Monsieur le marquis de Tryon-Montalembert et madame la marquise, Marie-Thérèse Brossin de Saint-Didier.

 

Mais en d’autres lieux, on l’appelait "sœur Renée", car celui qu’elle avait choisi pour Époux était "le Seigneur des seigneurs" (Dt 10,17).

 

Ailleurs, on utilisait le nom latin, celui qu’elle préférait : "Renata" !

 

Quant à "petite sœur Rose Osanna"… c’était un nom plus secret...

 

Pour beaucoup, elle était tout simplement "Renée".

Deux petites syllabes qui disent si bien son identité profonde !

Aussi, puisqu' il nous faut choisir un nom, c’est celui-ci que nous retiendrons.

 

 

 

photo naissance Renée de Tryon-Montalembert

     Née à la Vieille Ferté le 8 mai 1920, et baptisée le jour même, Renée vivra quelque trente années dans ce château, à la belle saison du moins. Car la maman est de santé fragile, les lieux très austères, et l'on émigre près de Nice chaque hiver, à Villefranche-sur-Mer, où Renée fera sa première communion le 25 mars 1928. Pour l’y préparer, sa maman lui offre un livre qui va la marquer durablement : la vie d’Anne de Guigné, petite fille morte six ans plus tôt en laissant derrière elle un parfum de sainteté.

      Dans cette vie, point d’école, les parents se chargent eux-mêmes de l’instruction. La bibliothèque du château est très fournie, et le père très cultivé : il transmettra à sa fille un goût prononcé pour la recherche intellectuelle.

 

     Pendant l'Occupation, la famille doit s'exiler, et Renée étudie à Aix-en-Provence, où elle obtient deux licences : Philosophie en 1942, Droit en 1943. Période de grande ouverture : rencontre avec Jules Isaac, futur fondateur de l’AJCF (Amitié judéo-chrétienne de France) ; participation au sauvetage d’enfants juifs, aux côtés de protestants et d’orthodoxes…

 

     De retour à La Ferté-Loupière, Renée travaille comme clerc de notaire et prépare un doctorat en Droit. Sa thèse, Le canton de Charny, essai de monographie économique et sociale, soutenue à Paris en 1948, obtient la mention "très bien". De 1952 à 1954, elle est "déléguée à la Liberté Surveillée" auprès du Tribunal pour enfants de Nancy, puis d’Auxerre.

 

photo Renée de Tryon-Montalembert et son violon

     À La Ferté, on se souvient de "Mademoiselle Renée" : « Elle ne faisait que du bien à tout le monde, aux enfants, aux pauvres… » Excellente violoniste, écrivant poèmes et chansons, organisant des spectacles de marionnettes, jouant de l’harmonium et faisant chanter les jeunes filles à l’église, elle était aussi cheftaine de guides. L’esprit de chevalerie du mouvement la marquera profondément.

       Mais qui pouvait comprendre quel drame intérieur elle vivait ? Fille unique et dernière descendante de la famille  Tryon-Montalembert, il lui revenait d’assumer et de transmettre l’héritage des biens et du nom. Or elle refusait tous les beaux partis: un autre appel vibrait en son cœur, encore obscur, mais suffisamment fort pour affronter la souffrance et l’incompréhension de son père, ainsi que ses propres scrupules.

 

      En ces années quarante, Renée est attirée par la spiritualité dominicaine et guidée par le Père Gilles Gourbillon o.p. Après un premier engagement à Paris le 14 février 1949, elle fait entre ses mains, le 24 avril 1950, des vœux pour trois ans. C’est pour elle "le jour de [ses] fiançailles". Le 29 septembre 1950, elle est reçue comme "tertiaire dominicaine isolée", en la chapelle des Dominicaines du couvent de l’Épiphanie, à Soisy-sur-Seine.

 

     En 1954, elle rejoint les Petites sœurs dominicaines de Notre-Dame de la Nativité, jeune communauté très pauvre, axée sur la prière du Rosaire et l’adoration. C’est une période de fondation ; la communauté se cherche, traverse une crise, et Renée la quitte un an plus tard. Mais elle fait, le 20 juin 1955, à Sens, des vœux privés perpétuels, que reçoit le père Minguet o.p. "Don total, dépouillement absolu, quitter tout, tout… même réputation et honneur !"  écrit-elle alors. La forme que prend ce don n’est pas celle à laquelle elle se sent appelée, mais pour le moment, elle n’a pas d’autre lumière.

 

     Son père est bien malade, elle sera auprès de lui dans ses derniers mois, puis elle partira vivre en Corse avec sa mère (elle-même tertiaire franciscaine) au couvent des Dominicains de Corbara, pour y seconder le père Minguet dans l’implantation des Équipes du Rosaire. La petite île en gardera longtemps un souvenir reconnaissant. Sa mère y repose, ayant désiré rester auprès de ce peuple aimé.

 

      Mais voici Vatican II. Pour Renée, ce sera "un printemps inattendu ! " Comprenant que "la metanoïa de l’Église doit passer par [son] propre cœur", elle entreprend, en 1965, un long pèlerinage en Terre Sainte. Au retour, elle sait qu’"une grande aventure l’attend". Elle quitte la Corse, et se voit très vite mystérieusement conduite à Yerres, au service de Beth Rivkah, école et collège juifs dont elle assurera la direction de l’enseignement général de 1966 à 1988. Cela la conduit à étudier l’hébreu et le judaïsme, et à nouer de nombreuses et profondes amitiés dans les milieux juifs les plus divers, en France et en Israël. Elle ira souvent à Jérusalem et sera très impliquée dans le dialogue entre Église et monde juif, notamment, jusqu’en 1995, au sein du Comité directeur de l’AJCF, qu’elle représentera en Israël.

 

     À la même époque, et cela est pour elle intrinsèquement lié, elle est très active dans les milieux œcuméniques. Citons seulement l’Association œcuménique de la Jérusalem Invisible (1978-1993), dont elle est présidente, qui publie un bulletin rassemblant autour d’un thème mensuel des « veilleurs sur les murailles de Jérusalem » (Is 62,6) de différentes confessions et dans plusieurs pays.

 

 Mais revenons quelque peu en arrière : Renée avait fait des vœux privés, mais elle désirait toujours que le don de sa vie reçoive une dimension plus ecclésiale. En 1968, elle s’engage dans Caritas Christi, institut séculier fondé par le père Perrin o.p. Elle n’y reste qu’une année : grande épreuve, grande crise intérieure… Ce n’est pas sa vocation.

 

     

     Or le Concile lui réservait une autre surprise : en 1970, un nouveau Rituel de consécration des vierges était promulgué, offrant aux évêques la possibilité d'appeler à cette consécration, non seulement des moniales, mais aussi des femmes vivant dans le monde. Ainsi, de même qu'ils consacrent un bâtiment pour en faire une église, un bloc de pierre pour en faire un autel, ou un homme pour en faire un prêtre, les évêques pouvaient consacrer des femmes et les introduire dans un nouvel état de vie, celui d'épouse du Christ au cœur de l'Église. Quand Renée découvre la rénovation de cette forme de vie consacrée et la renaissance de l'Ordre des vierges, si florissant au début de l’ère chrétienne, à l’époque de l’Église indivise, elle bondit : cette consécration nuptiale correspond magnifiquement à sa vocation ! Elle avait écrit, bien longtemps auparavant, qu’elle voulait "être consacrée à Dieu comme une église"… Elle se savait appelée, depuis bien des années, à vivre d'une manière toute spéciale ce mystère des épousailles de Dieu avec l'humanité… Et par ailleurs, n’était-elle pas déjà conduite dans la voie du "retour aux sources" de l’Église?

 

     Elles seront cinq, le 8 décembre 1973, à recevoir la consécration des vierges à Paris, en la chapelle des Sœurs de Notre-Dame de Sion. Prémices de futures moissons ! Renée écrira avoir reçu ce jour-là une grâce particulière, une grâce de force : "Une véritable mutation, une entrée dans une phase toute nouvelle et décisive qui réalise l’unité de toute mon existence !"

 

      Dès lors, cette grâce va se déployer chez elle de manière extraordinaire : son amour intense pour le Christ Époux et pour l’Église Épouse ira sans cesse croissant et l’entraînera, depuis son pauvre petit studio parisien de la rue des Pyrénées, dans un foisonnement ininterrompu d’initiatives variées. Impossible ici de tout décrire ! Nous mentionnerons seulement les principaux axes, outre ceux déjà cités.

 

Consécrations à Notre-Dame de Paris, 1er juin 1991
Consécrations à Notre-Dame de Paris, 1er juin 1991

     Renée perçoit qu’il lui est confié une mission particulière pour cette renaissance de l’Ordo virginum : travailler ardemment à son développement et à sa bonne et juste insertion en Église. Elle multiplie les contacts : avec les évêques et, à Rome, avec la Congrégation pour la Vie Consacrée, d’une part ; avec les vierges consacrées qui naissent ici et là, au gré du souffle de l’Esprit, dans les différents diocèses, en France et dans de nombreux pays, d’autre part.

Photo Renée de Tryon-Montalembert, 2000
Rome, 25 ans du rituel, 31 mai 1995

  

      Elle suscite des rencontres, des retraites, des pèlerinages (Rome en 1995 et Jérusalem en 2000), et lance un petit bulletin de liaison, qui deviendra en 1993 une revue, Christi Sponsa, dont elle assumera la responsabilité jusqu'en 2002.

 

Photo Renée de Tryon-Montalembert, Mont Nebo
Mont Nebo, 25 mars 2000

    

      Par ailleurs, Renée est membre de l’Association des écrivains catholiques et de l’Association des écrivains croyants. Elle publie quelques livres, donne quantité d'articles à une cinquantaine de journaux et revues, s’impliquant plus particulièrement dans certains comités de rédaction. En ces années post-conciliaires, elle se passionne pour tout ce qui germe ici et là, mais toujours dans une exigeante recherche de vérité et de rigueur doctrinale. Ses séjours et ses contacts à Rome, au cœur de l’Église, sont nombreux et féconds.

 

     Dans le même temps, elle entreprend des études de théologie, travaille sur La symbolique conjugale de l’Alliance chez Osée, et obtient une licence en 1976. Ce sont surtout les recherches en théologie mariale qui la passionnent : elle fera partie, entre autres, de la Société française d’études mariales et sera membre correspondant de l’Académie pontificale mariale internationale. En 1986, elle fonde l’« Avent marial du troisième millénaire ».

 

     Mais encore ?    

 

photo Renée de Tryon-Montalembert et Jean,-Paul II
Anne vénérable, 3 mars 1990

     Elle contribue à relancer la cause de béatification de la petite Anne de Guigné et travaille étroitement avec le postulateur. Anne est déclarée vénérable en 1990. Vice-présidente de l’Association des amis d’Anne de Guigné, Renée crée un bulletin, puis une revue : Enfance et Sainteté (1984-2003). Mais elle voit toujours plus large, toujours au-delà : promouvoir la sainteté des enfants, proposer des modèles, organiser des colloques... En 2005, elle devient présidente d'une nouvelle association : Enfance et Sainteté.

      Et comme toutes les périodes de la vie doivent être sanctifiées, y compris celles de la maladie, de la vieillesse et de la mort, elle aborde aussi ces questions. Or voici le diagnostic, en 1997, d’une maladie de Parkinson. Renée la vivra en étroite communion avec Jean-Paul II. Et qu’à cela ne tienne, si le corps peine, l’élan spirituel ne sera pas bloqué ! Elle prendra encore l’initiative d’un pèlerinage de parkinsoniens à Rome en mai 2005, qui donnera naissance à l’association « Pèlerins parkinsoniens », pour donner la grâce de boire à une autre source, celle de Lourdes... 

photo Renée de Tryon-Montalembert, Noël 2006, maison Marie-Thérèse
Maison Marie-Thérèse, Noël 2006

 

     Quand, fin 2005, elle entre à la "Maison Marie-Thérèse", au milieu des prêtres âgés, elle est bien décidée à continuer à y "travailler pour l’Église" ! Elle le fera, jusqu’au bout, malgré sa grande faiblesse, humble, vigilante, persévérante, aimante !

 

     Où puisait-elle donc une telle ardeur ? Quelques mots d'une jeune moniale la dépeignent à merveille :

« Elle était amoureuse comme une jeune fille ! »

 

photo lampe à huile allumée

« Restez en tenue de service et tenez vos lampes allumées. »

(Lc 12,35)

 

Paris, Mardi de Pâques, 10 avril 2007

« Voici l’Époux, sortez à sa rencontre ! »

(Mt 25, 6)

 

 

     Son corps repose au cimetière de La Ferté-Loupière.

     Beaucoup disent avoir perdu une mère…

 

 

 




Association Renata